Traitement homoeopathique des maladies des organes de la respiration (1874)
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ARTICLE IV : PHTISIE PULMONAIRE
(Consomption. Étisie. Phthisie. Tuberculose.)

 

Maladie générale, d'origine constitutionnelle spéciale, caractérisée anatomiquement par la présence dans le tissu des poumons de produits anormaux, généralement désignés sous le nom de tubercules.

 

La Tuberculose, qu'on la nomme miliaire ou granuleuse, non ulcéreuse ou commune et ulcéreuse, est toujours, dans tous les cas, la manifestation, le produit d'une diathèse héréditaire ou acquise. — Toute détérioration individuelle ou de famille peut aboutir à la tuberculose.

 

Après l'hérédité, qui est la grande voie par laquelle la phthisie se propage et se perpétue, la scrofule, dans son expression la plus avancée, conduit très-souvent à la tuberculose, mais elle n'en est pas la cause unique : la dartre, la goutte, la syphilis, la sycose, en sont souvent la première cause.

 

Comme dans la phthisie, il n'y a pas unité de cause, il n'y a pas non plus unité de produit morbide ; mais le prototype de ces produits qui tient tous les autres comme sous sa dépendance, c'est le tubercule, produit accidentel, corps hétéromorphe, qui naît au sein des poumons. Moléculaire à son début, il s'y développe progressivement, arrive à sa maturité, puis se ramollit, tombe en déliquescence, est expulsé par l'expectoration et laisse les poumons plus ou moins déchirés et parsemés de cavernes et d'anfractuosités suppurantes.

 

Je ne veux pas en dire plus sur l'histoire anatomique du tubercule, et si l'on s'étonnait de mes réticences, j'en donnerais l'explication suivante :

 

Je ne suis pas naturaliste, je suis médecin, et, de plus, je suis pénétré de ces deux grandes vérités : d'une part, « La première, l'unique vocation du médecin est de rendre la santé aux personnes malades », de l'autre :

 

« Les principes les moins sévères de l'honneur et de la probité exigent qu'en nous présentant à l'exercice clinique de notre art, chacun de nous puisse dire avec fondement : J'ai constamment fait tout ce que j'ai pu pour me présenter au lit des malades muni de toutes les connaissances qui doivent leur rendre mes conseils salutaires » (Double), et c'est pour cela que j'ai appris à mesurer à leur degré d'utilité l'importance des connaissances acquises ou à acquérir.

 

La tâche du médecin n'est pas déjà si facile qu'elle nous permette d'éparpiller nos forces. Si nous sommes désireux de l'accomplissement pratique de nos devoirs, nous devons avant tout et par-dessus tout nous appliquer à nous munir de connaissances utiles.

 

— Les études anatomiques qui nous donnent l'image fidèle du mode d'altération des tissus ont sans doute leur mérite et leur utilité. Je ne m'oppose pas à ce qu'elles soient consignées et accumulées même avec surabondance, dans les annales de la science ; seulement, je constate leur inutilité dans la pratique médicale. On a beau préciser mieux les lésions pulmonaires, on ne les guérit pas mieux. Les Phtisiques continuent à mourir régulièrement, et les médecins, si fiers qu'ils soient de leur science anatomique, normale ou pathologique, n'en sont pas moins résignés au triste rôle de spectateurs inutiles des ravages du mal ; j'ai donc raison de dire qu'il est temps pour nous de nous appliquer moins à l'amphithéâtre, un peu plus au lit des malades et de sortir de l'étude des altérations organiques directement inaccessibles à nos moyens curatifs pour aborder enfin sérieusement l'étude des dispositions auxquelles est due la phthisie et que l'on peut toujours combattre avec l'espérance d'en triompher.

 

En second lieu, le tubercule est une production morbide ; tout le monde est d'accord sur ce point. Or, il me paraît déraisonnable d'entourer le produit de toute sa sollicitude et de négliger d'élever son attention jusqu'au producteur. Puisque le tubercule est la lésion et non la maladie, toute médication dirigée contre lui, toute médication dépourvue d'autres indications que celles que prétendent lui fournir l'éclosion ou l'évolution des tubercules, sera nécessairement insuffisante, je ne dis pas assez, sera d'avance frappée de nullité complète. Ce que le bon sens laissait pressentir, l'expérience l'a démontré. Fatalement engagés dans la voie anatomique, les médecins ont su décrire, pallier, mais non guérir.

 

Sortons de l'amphithéâtre ; laissons aux anatomistes le mérite de nous avoir mis en possession de connaissances précieuses quand on les laisse à leur place, mais, de grâce, occupons-nous un peu moins de la phthisie et un peu plus des phtisiques. La médecine descriptive a fait son temps. Le moment est enfin venu d'imprimer à nos efforts, à nos recherches, une nouvelle direction.

 

La phthisie est aiguë à marche rapide, ou chronique à marche lente. Celle-ci est la forme la plus commune.


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